Le mythe du télétravail : démystifier l'excuse de la cohésion d'équipe
- Nadira ABDULLAZODA

- 11 mars 2024
- 3 min de lecture

Au début de ma carrière de consultant en gestion du changement, j'ai souvent eu des conversations intéressantes avec mes clients sur le travail à distance, une tendance émergente à l'époque. De nombreuses entreprises hésitaient à l'adopter. Les DSI commençaient à peine à l'envisager et la plupart d'entre eux n'étaient pas convaincus qu'il pouvait vraiment réussir. La croyance dominante était que la présence physique au travail était essentielle à l'efficacité. Cette croyance est devenue mon défi. Lorsque je conseillais les DSI sur la mise en œuvre d'outils collaboratifs, je m'efforçais d'élargir leur perspective, en les aidant à comprendre que l'introduction de ces outils n'était pas une simple migration technique, mais une transformation complète de la culture du travail, du travail d'équipe, de la gestion à distance et de la gestion des connaissances au sein de l'entreprise.
C'est alors que le COVID-19 a frappé, ne laissant pas d'autre choix aux DSI que de déployer des solutions pour le travail à distance afin d'assurer la continuité de l'activité. Il a fallu une pandémie mondiale pour imposer ce changement, pour lequel je me suis ironiquement retrouvé reconnaissant au virus de m'avoir facilité la tâche.
Aujourd'hui, la crise étant passée, mes discussions avec les dirigeants et les clients ont évolué. Ils reconnaissent que les employés se sentent à l'aise dans le travail à distance et que le lieu de travail a effectivement changé. Cependant, j'entends souvent parler de la nécessité de "retourner au bureau pour retrouver l'efficacité opérationnelle". Je pense qu'il s'agit d'une idée fausse, qui va dans la mauvaise direction.
I. Le travail à distance ne nuit pas à la productivité
Une étude de McKinsey montre que la productivité des entreprises a augmenté depuis l'introduction de COVID-19. Le bien-être des employés et l'équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle se sont également améliorés. Le travail à distance a permis aux employés de ralentir, de réfléchir à leurs désirs et à leurs besoins, et de maintenir un équilibre entre leur carrière et leur vie personnelle.
Ces résultats ne me surprennent pas. Je crois fermement que lorsqu'une personne est en bonne santé mentale et physique, sa productivité augmente naturellement. Ce concept est lié à ce que j'ai dit sur le bonheur au travail. Nous passons 80 % de notre temps au travail et notre bien-être est directement lié à notre productivité.
II. Le véritable défi réside dans la culture de gestion de l'entreprise
Lorsque j'entends des managers dire que les employés doivent retourner au bureau parce que le travail à distance nuit à la productivité, à l'engagement ou à la cohésion de l'équipe, je les interroge pour comprendre les symptômes qui les ont amenés à cette conclusion. Dans 80 % des cas, après avoir écouté, je me rends compte que le problème n'est pas le travail à distance, mais la culture de gestion et les notions perçues d'efficacité et de cohésion d'équipe. Ce n'est pas parce que les employés passent quatre jours par semaine dans le même open space, déjeunant ensemble avec des sourires forcés, que la cohésion de l'équipe ou l'intelligence collective s'améliorera automatiquement.
La présence physique n'est pas la panacée en matière de cohésion d'équipe. J'ai connu des équipes qui partageaient les mêmes bureaux mais travaillaient de manière isolée, chacun avec un casque sur les oreilles, et qui affichaient de mauvais indicateurs de cohésion d'équipe. À l'inverse, j'ai vu des équipes où le directeur et la plupart des employés travaillaient à distance, ne se réunissant au bureau que lorsque cela se justifiait, et qui faisaient preuve d'une forte cohésion d'équipe et d'un grand engagement.
Conclusion
Je ne diminue pas l'importance de la présence physique ni sa contribution à la cohésion de l'équipe. Ce que je souligne, c'est que le travail à distance ne doit pas être le bouc émissaire d'un manque de cohésion d'équipe, d'engagement des employés ou d'indicateurs de gestion médiocres. Souvent, les raisons de ces problèmes sont bien plus profondes qu'il n'y paraît.




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